Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/182

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surpasses, car ton âme est digne de l’écrin merveilleux où Dieu l’a enfermée.

Il se tut, la contemplant, profondément songeur, tandis que, prise d’une sorte d’angoisse, elle regrettait de s’être ainsi montrée tout entière. Il murmura :

— Peut-être es-tu ma récompense terrestre.

Puis, après un nouveau silence :

— Écoute, Gazileh, à toi seule je veux le dire. Une âpre solitude oppresse mon cœur sur le sommet où Dieu m’a placé, trop loin du ciel, trop près de la terre encore. Bien souvent, j’ai crié vers l’Être Unique, le suppliant de m’appeler dans les régions suprêmes, si le vide affreux que me laissent ma gloire et ma puissance ne peut être comblé ici-bas. Le ciel m’exauce-t-il en t’envoyant vers moi, toi dont la beauté n’est pas décevante, puisque l’âme qu’elle voile est divine ?

Gazileh, presque défaillante, balbutia :

— C’est par dérision, seigneur !

— Tu trembles ! tu t’éloignes ! Mais ne vois-tu pas que c’est moi plutôt qui devrais craindre, car ton cœur m’est encore fermé, et je t’ai livré le secret du mien. Ô Gazileh ! le prophète, qui commande à tous, est un suppliant devant toi.