Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/185

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— Ce n’est pas cela, dit le prince : j’ai peur qu’elle ne veuille pas m’aimer.

— Ne pas t’aimer ! L’orgueil seul de t’avoir conquis va l’enivrer jusqu’à la folie… Mais ne suis-je plus qu’un confident d’amour ? L’heure passe. Plusieurs des Frères de la Pureté viennent te rendre compte des missions accomplies ; ils sont là, ils attendent.

— Ah !… est-ce donc l’instant des audiences ? demanda le prince avec ennui.

— Raschid ed-Din ! s’écria Dabboûs d’un ton sévère, cette femme est-elle donc suscitée par le démon, pour te faire tomber des hauteurs où Dieu t’a permis d’atteindre ?…

— Ne gronde pas, Dabboûs, dit Raschid avec douceur ; songe que je suis encore tout embaumé de sa présence. Une délicieuse lassitude m’accable et je voudrais savourer cette ivresse, si nouvelle dans ma vie… Mais je t’obéis ; je me soumets. Fais introduire un des frères : je suis prêt à l’entendre.