Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/205

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


dire, peut-être ne savez-vous pas que je vous aime.

— Madame, dit Hugues, qui, soudain, se sentit parfaitement calme et maître de lui, ce quelqu’un dont vous parlez sera toujours comme un bouclier entre vous et moi : nous avons bu le sang l’un de l’autre et nous avons échangé le serment de fidélité constante. Au prix de ma vie j’aurais renoncé à un bonheur et à un honneur digne d’un roi, j’aurais arraché l’amour de mon cœur, puisque mon frère d’armes vous aimait.

— Ah ! c’est démence de parler ainsi, s’écria Sybille avec passion. Est-ce que l’on arrache l’amour ? Il s’enracine d’autant plus qu’on cherche à le tirer du cœur. Quant à celui que vous dites, sachez que je le hais et que votre sacrifice, jamais, en aucun cas, ne sera à son profit. N’ayez donc pas scrupule à m’aimer, messire de Césarée, et acceptez ma royale alliance.

Hugues, devant son élan, s’était imperceptiblement reculé. Ce fut assez pour que, prise de colère, elle lui dit d’un ton méprisant :

— Ne fuyez pas, chevalier ; c’est inutile : je n’ai nulle envie de vous faire jouer le rôle de Joseph avec son Égyptienne.

Mais sa colère tomba. Elle s’assit loin de lui,