Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/207

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Elle se leva, pâle de rage, l’œil brillant d’une larme, que son orgueil brûla sous sa paupière.

— C’est bien ! dit-elle. Tout ce que j’avais de bon en moi, je le brise, ici, à vos pieds. On me prédit aussi que mon ambition ne reculera devant rien, pas même devant le crime, J’accepte ! Les révoltes de mon âme violente se seraient fondues en amour sur votre cœur ; je vous rends responsable de tout le mal que je ferai. Vous n’avez pas voulu de ma tendresse : redoutez mon ressentiment, et, si je suis jamais reine, hâtez-vous de quitter le royaume.

Elle écarta si violemment le rideau de la tente qu’elle l’arracha à moitié et elle s’enfuit dans l’ombre du camp endormi.

Aussitôt, les tapis et les coussins, qui formaient le lit s’agitèrent, et Homphroy, tout rouge de honte et de douleur, en sortit et se jeta aux pieds de son ami.

— Je suis un traître et un félon, cria-t-il. Je l’ai vue entrer sous ta tente, j’ai douté de toi, j’ai voulu entendre. Pardonne-moi, et réjouis-toi aussi, car mon fol amour est mort, et mon cœur n’est plus qu’à toi seul.