Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/223

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Déjà l’on entrevoyait, au loin, les pennons des chevaliers, qui chevauchaient, en une interminable file, par les vallons peu larges. Les chanteurs de psaumes et les ménestrels formant l’avant-garde, marchaient à pied ; plusieurs d’entre eux portaient dans leurs bras des orgues, formées d’un registre de pipeaux ; d’autres avaient des violes ou des psaltérions. Mais les musiciens avaient épuisé tout leur répertoire pieux, et, pour se délasser, maintenant, ils chantaient un poème tout récent, qui racontait, sans rien omettre, l’aventure d’Hugues de Césarée, armant chevalier le musulman Saladin. Ils avaient déjà égrené beaucoup de couplets, le long de la route, et en étaient au moment où Saladin vient de quitter le bain symbolique :


Après qu’il l’a du bain ôté,
En un bel lit il l’a couché.
— Hugues, dites-moi sans faillance
De ce lit la signifiance.
— Sire, fait-il ; ce signifie
Qu’on doit par la chevalerie
Conquérir lit en paradis
Que Dieu octroie à ses amis.

Après, deux éperons lui mit
En ses deux pieds et puis lui dit :
— Sire, tout aussi bien il faut,
Comme éperonnez vos chevaux,