Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/230

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nant que le roi de Jérusalem l’avait gravement offensé, j’ai tout compris.

— Comment ? qu’as-tu compris ?

— Qu’il a pris cette jeune fille pour nous mieux tenir, toi et moi.

— Il saurait qu’elle est ma fille ?

— Sans aucun doute, il le sait. Que ne sait-il pas ?… C’est pourquoi, dès que la nouvelle de votre différend est arrivée jusqu’à moi, je suis parti, déguisé en derviche. Ai-je échappé aux espions du jaloux Raschid ? Je ne sais ; en tout cas, les poignards de ses Dévoués n’ont pas cherché mon cœur. Je suis venu à pied ; l’angoisse me donnait des forces, et me voici. Je te révèle l’existence de cette enfant, que je voulais taire à jamais, pour te supplier en même temps de ménager toutes les susceptibilités de l’ennemi, si tu veux réparer un peu de ta faute passée, en protégeant ta fille.

— Si je le veux ! dit Amaury, en serrant les mains du prince. Mais bannis toute crainte : Raschid sait que mes torts envers lui n’étaient qu’apparents et combien est sincère mon désir de lui donner satisfaction. Je suis son prisonnier volontaire, et, bien qu’il ne m’ait pas encore