Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/233

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Et si pâle, ami, qu’avez-vous ?

— Dites, dites, s’écria Hugues en saisissant la main de son frère d’armes, vous, dont la vue dévore les distances : là-haut, à cette tour, est-ce une colombe qui bat des ailes, le lambeau d’un nuage déchiré ?…

Homphroy regarda un instant.

— C’est un tissu léger qui flotte au vent, dit-il.

— C’est bien cela : le signal ! Ma bien-aimée m’appelle à son secours.

Raymond de Tripoli écarquillait les yeux.

— Perdez-vous l’esprit, seigneur ?

— Je n’ai pas le loisir de vous expliquer, dit Hugues… Sachez seulement qu’il me faut pénétrer dans ce château, ou bien mourir.

— Que voulez-vous faire ? s’écria Homphroy. Vous savez bien que toute une armée ne forcerait pas ces murailles.

— Le courage de l’homme s’arrête devant l’impossible, dit le comte de Tripoli.

— Si Eschive était, là, prisonnière, et vous appelait à son aide, songeriez-vous à l’impossible ? dit Hugues, qui mesurait de l’œil le précipice.

Raymond, d’abord interdit, réfléchissait.