Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/234

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— Il y a de l’eau dans ce gouffre, dit-il. On pourrait peut-être y descendre et le traverser à la nage. Mais comment escalader ensuite ce massif, qui est comme une muraille ?

— Mieux vaudrait une poutre, s’il en était d’assez longue, abaissée avec précaution et qui atteindrait cette embrasure, dit Homphroy.

— L’honneur m’interdit un pareil moyen, ainsi que tous ceux qui pourraient faire penser que nous rompons la trêve, répondit Hugues. La folie de l’entreprise doit affecter seulement le fou… Priez pour moi, mes amis.

— Que ferez-vous donc ?

Il leur montra de la main un rocher qui faisait saillie et formait une plate-forme à peu près unie en avant d’une poterne basse.

— Voyez, dit-il : là seulement on pourrait s’élancer… Ah ! depuis longtemps j’y songe !

Et il appela un écuyer, lui ordonna d’apporter ses armes et de lui amener son cheval, Iblis, un arabe noir, n’ayant pas son pareil.

— Quoi ? Que voulez-vous faire d’un cheval ? s’écria Raymond. Vous ne songez pas, j’espère, à lui faire sauter cela d’un bond ?

Homphroy, pâle d’épouvante, murmura :