Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/243

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sentait pétiller dans son sang, s’épanouir en gerbes d’étincelles dans son cerveau, l’exalter, l’enivrer.

Longtemps il savoura cet enchantement qui rayonnait du ciel ; puis il se souleva un peu, dans les mollesses exquises de son lit de fleurs, abaissa ses regards et il eut un sourire extasié devant l’harmonieuse beauté des choses.

Sous une brume odorante, des frondaisons splendides, des palmes géantes, entre lesquelles apparaissaient la candeur et la grâce des jeunes corolles. Il le savait, c’étaient pour lui qu’elles fleurissaient, à lui qu’elles vouaient leur suave amour. Le parfum portait jusqu’à lui les confuses rêveries de ces fleurs, et, dans son esprit, elles se précisaient, palpitaient, puis s’envolaient en forme d’oiseaux et de papillons. Multipliés par sa fantaisie, ils formaient comme une nuée frémissante, et il suivait le vol de tant d’ailes brillantes, le frisson multicolore des plumes, tout heureux de sentir tomber sur lui, en pluie mélodieuse, les cris et les chants de ces merveilleux oiseaux.

Mais un désir le piqua : il voulut connaître son Eden, le parcourir en entier. Cependant une douce paresse le retenait sur la couche moelleuse,