Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/249

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Un immense orgueil l’emplissait à l’idée de sa supériorité et de l’étrange puissance de son esprit, qui lui permettait de vivre plusieurs existences dans le battement de quelques heures. Et il eût voulu plus d’air devant l’essor de son rêve pour qu’il pût s’envoler, plus libre, dans un espace illimité.

À L’ordre de son désir, une arche énorme découpa l’azur du ciel, l’azur de la mer.

L’écume des lames neigea sur la neige du vaste escalier qui descendait jusqu’à elles ; il entendit leur caresse soyeuse, respira la senteur fraîche de la brise du large. Et l’impatience du voyage le saisit lorsqu’il vit une galère à l’ancre, belle et fringante ainsi qu’un cheval de race, s’agitant et tirant sur la chaîne comme pour la rompre. Ses mâts s’élançaient, droits et minces, dans la dentelle des cordages ; sa proue gonflée était revêtue d’or repoussé et toute fleurie d’escarboucles ; sur ses flancs retombaient des tapis brodés dont les franges jouaient avec l’eau, et des flots de banderoles, gaiement, tout autour d’elle, claquaient dans le vent. Des adolescents, d’une beauté extrême, formaient l’équipage, vêtus de tuniques courtes, les bras nus, de légères toques