Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/257

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fontaine de porphyre d’où jaillissaient des gerbes d’eau de rose, et ils s’arrêtaient, comme éblouis, sur la haute baie d’une porto en plein cintre, fermée par un rideau de gaze qui, du haut en bas, frémissait d’un étincellement de pierreries.

Au même moment, Gazileh était conduite avec Nahâr, dans cette partie des jardins qu’elle ne connaissait pas, et, lorsqu’elles eurent atteint la fontaine d’eau de rose, on les laissa libres.

La jeune princesse, irritée et fiévreuse, s’assit sur la margelle polie, laissant la fine poussière des gerbes rafraîchir ses joues brûlantes.

— Pourquoi nous a-t-on poussées de ce côté ? dit-elle. Est-ce ici que je dois mourir ? À quoi bon me faire languir ainsi ? Le tigre au moins déchire sa proie dès qu’il l’a saisie, et dédaigne ce jeu cruel du chat avec la souris.

— Ah ! ne brave pas ainsi le maître, par des paroles outrageantes, s’écria Nahâr : il les entend toutes. Tâche de le fléchir plutôt.

— À la condition de l’aimer, peut-être ? Non : mourir me plaît mieux.

— Quand d’un mot tu pourrais être plus qu’une reine !

— Tu te trompes, Nahâr : il n’est plus temps.