Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/258

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Même si je le disais, ce mot, le prophète ne ferait pas grâce. La jalousie l’enflamme, aujourd’hui, et change son amour en haine. Et comment pourrait-il pardonner, en effet, lui, un dieu, de s’être vu préférer un mortel ?

— Eh bien, où est-il ce mortel ? Qu’a-t-il tenté pour te délivrer ?

— Plût à Dieu qu’il n’ait pas vu ce signal, ni risqué quelque sanglante folie…

— Gazileh !…

Hugues, déjà, était à ses pieds.

Tous deux, sans souffle, sans voix, ils s’étreignirent éperdument, se buvant du regard.

Nahâr, toute tremblante, les contemplait.

— Lui ! c’est lui ! murmurait-elle. Tout est bien perdu maintenant ! Ah ! quelle folie ai-je faite en l’appelant !

Gazileh, chancelante, serait tombée si Hugues ne l’eût retenue dans ses bras. Doucement, elle essayait de se reprendre, de se dégager.

— Comme c’est étrange, dit-elle, j’étais forte contre l’adversité, et la joie me fait presque défaillir… Vous pleurez ? mon chevalier !

— Ah ! ce sont mes premières larmes, dit-il ; la violence du bonheur me les arrache !