Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/264

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cette fleur de jeunesse veloutant le bord des lèvres, de toutes les douces nuances de cette peau d’Occidental qui, malgré la haute taille et les muscles puissants du héros, lui laissaient comme une grâce et une délicatesse de jeune fille.

Lui, au contraire, trouvait, par-dessus tout, splendide ce teint uni, qui lui semblait d’un tissu plus rare que la chair mortelle, vivifié par un sang divin, fait d’or et de lumière.

Et, incrédule à son bonheur, il murmurait, avec un frémissement de joie inquiète :

— Est-ce bien possible ? C’est vous qui me faites don d’une félicité digne des anges ?…

— Hélas ! cette félicité sera bien courte !

— Toute une existence heureuse vaudrait-elle les délices de cette minute ?

— C’est vrai, et cependant la vie terrestre semble trop brève pour épuiser les joies d’un vrai amour. Il nous faut emporter le nôtre tout entier. Qu’importe si une tyrannie cruelle nous prive des jours qui nous sont dus ? L’éternité du ciel est à nous. Au lieu de nous séparer, la mort, délivrant nos âmes, nous réunira pour toujours.

Mais le visage du chevalier, soudain, se couvrit de pâleur, et il murmura d’une voix brisée :