Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/265

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— Ah ! malheureux que nous sommes !… Séparés ! séparés à jamais !

— Séparés ? pourquoi ? dit-elle. Mon Dieu, d’où vient cette angoisse horrible sur votre visage ?

— Hélas ! ma bien-aimée, le ciel est fermé pour vous ! Hors l’Église chrétienne pas de salut, et vous êtes mahométane.

— Pas de salut ? dit Gazileh surprise…

— C’est la loi.

— La nôtre, alors, est moins cruelle que celle des Francs, car elle ne déclare pas Dieu injuste. Tout être vertueux, chrétien ou juif, recevra sa récompense. Le paradis ne lui sera pas fermé. Cela est écrit dans le saint Qorân.

— Ce livre impie est un livre de mensonges.

— Qu’en sais-tu, enfant ? dit la jeune fille avec douceur. Notre loi est venue après la vôtre et a fait, sans doute, un pas de plus vers la vérité.

— Oh ! quelle torture ! entendre ces lèvres chéries blasphémer !

Mais Gazileh dit gravement :

— Quel que soit le nom qu’on lui donne, Dieu est Dieu, il est unique, et tous deux nous l’adorons. Mais nos prêtres prient différemment, et, pour cela, les hommes se haïssent ; pour cela, ton