Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/270

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faces brunes ; ardemment soumis, ils guettaient le moindre signe, prêts, si c’était le bon plaisir de leur dieu, à se plonger dans le cœur le poignard passé à leur ceinture, à se précipiter du haut des remparts, dans l’abîme, ou à égorger la victime désignée, pour la plus grande gloire du prophète et la conquête du ciel.

Debout auprès du trône, attristé et sévère, Dabboûs, le chambellan au noir visage, semblait, sous sa barbe et ses cheveux blancs, une statue de basalte éclaboussée de neige.

La voix de Raschid, ironique et froide, rompit le religieux silence :

— Tu t’appelles Hugues de Césarée, dit-il. De qui es-tu l’ambassadeur ? Est-ce au nom du roi de Jérusalem que tu cries de telles invectives contre moi, dans mon propre palais ? Est-ce par son ordre que tu as rompu la trêve ? Veut-il donc la guerre ?

— La guerre ! la guerre ! s’écria Hugues, mais entre toi et moi. Laisse le roi en paix, car il n’a que faire ici !

— Pauvre roi !… Vraiment, j’ai grande compassion de lui. Combien il est peu de chose dans son royaume ! Personne ne lui obéit ; on bafoue ceux