Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/272

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Le prince, les bras croisés, le couvrait de son grand regard immobile. Et le jeune homme qui, pour la première fois, voyait celui qu’un tel prestige d’épouvante environnait, sentit tourbillonner dans son esprit toutes sortes de pensées, qui l’étourdirent un moment. Il se souvenait du magicien arrêtant par son seul pouvoir les cavaliers de Saladin et il s’attendait, sous ce regard, à ce que son bras se desséchât. Cependant le preux n’éprouvait aucune terreur et ne voulait pas attaquer un ennemi sans armes.

— Eh bien ! qu’attends-tu ? dit Raschid en s’avançant encore.

Une clarté subite dissipa le trouble qui embrumait l’esprit du chevalier, Soudain, il recula et jeta le sabre.

— Ah ! je comprends ! s’écria-t-il ; tu veux me déshonorer, vouer ma mémoire à l’exécration, en massacrant mes frères à cause de moi. Eh bien, non ! Je suis a ta merci : fais de moi ce que tu voudras, c’est juste : Torture-moi, fais-moi subir mille morts en un jour, invente par ta magie des supplices atroces, mais rassasie sur moi seul ta vengeance, et je te remercierai.

Raschid évitait de lever son regard sur Gazileh ;