Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/287

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Homphroy, ne le quittait pas et pleurait avec lui.

En dépit de tout cela, le soleil ayant brillé après quelques jours de pluie, la cour s’était assemblée dans une clairière de l’oliveraie toute rafraîchie, pour essayer de se distraire. Les dames disposaient en bouquets des anémones et des roses, cueillies par des pages et amoncelées en tas devant elles, tandis qu’un jongleur, frottant l’archet sur les cordes du rebec, chantait la chanson de Jérusalem : l’arrivée des preux devant la ville sainte et l’émotion qui, à sa vue, les transporta :


Là eussiez vu de pleurs si grande ploraison
Que chacun s’en mouillait la face et le menton…


Mais chacun la savait, cette chanson, et on ne l’écoutait que d’une oreille distraite.

Un oiselier arabe, portant une cage suspendue à un roseau, passa en criant :

— Voici des oiseaux à libérer !

La belle Eschive l’appela, et il vint s’agenouiller près d’elle.

— Voyons, montre-nous cela.

— Ils n’ont rien de bien remarquable, dit Tiennette, en se penchant. Jolis comme tous les oiseaux, mais pas dignes de la volière.