Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/288

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Ils ne sont pas destinés à être gardés.

— C’est bien petit pour être mangé, fit remarquer la princesse Sybille.

L’oiselier se releva, prêt a s’éloigner.

— Oh ! madame, dit-il, je ne vends que le droit de leur ouvrir la cage pour leur rendre la liberté.

— Alors, s’écria Tiennette, la marchandise s’envole, et l’acheteur est volé ?

— Volé ! N’est-on pas cent fois payé par le cri de joie de ces prisonniers qui s’évadent ? Voyez comme ils sont désespérés, comme ils se débattent en se meurtrissant la tête contre les barreaux. Ils souffrent ; mais leur peine est momentanée, et la rançon que j’exige m’aide à faire vivre ma famille. Ah ! n’est-il pas bien heureux, celui qui, doublement charitable, fait l’aumône à l’un de ses frères et rend le ciel aux oiseaux ?

— Quelle jolie invention ! dit Eschive. Ils ont bon cœur, ces infidèles.

Elle prit la cage en glissant vers le roi, pensif et sombre, un tendre regard.

— Je souhaite, dit-elle, qu’ils emportent, en fuyant, les tristes pensées qui volent sur le front du roi.

— Un regard de vous suffit à les dissiper aussi