Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/54

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Les portes étaient murées, maintenant, et ne s’ouvraient que le jour de Pâques fleuries, pour laisser passer une procession.

Le chevalier mit un genou en terre, sur ce seuil illustre, et chercha à revoir, par l’esprit, la scène qui s’était passée là, près de douze siècles auparavant : le Sauveur, monté sur une ânesse, entrant à Jérusalem par les Portes d’Or, le peuple, accouru à sa rencontre, l’acclamant, jetant des branches vertes sous ses pas.

Quand il se remit en route, Hugues s’aperçut que son écuyer ne l’avait pas suivi. Il le chercha des yeux, avec surprise et impatience, et finit par le découvrir sur les dernières marches d’un des escaliers de l’esplanade, profondément endormi, au milieu d’un écroulement de cierges.

— Mécréant ! est-ce ainsi que tu fais ton service ? s’écria-t-il en l’éveillant d’un coup de pied.

Devant le visage irrité de son seigneur, Urbain retrouva subitement toute sa lucidité. Il se releva, les mains jointes, d’un air plein de contrition :

— Ah ! monseigneur, dit-il, dans l’intérêt de votre vœu, ne vous laissez pas entraîner à une juste colère : elle pourrait mécontenter Notre-Seigneur Jésus, le très miséricordieux.