Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/59

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couvert, où les voix et les pas retentissaient, flottait une épaisse fumée et une âcre odeur de graisse et de friture. C’était là que l’on cuisait les viandes, pour les vendre à la foule des pèlerins. De tous côtés, les âtres s’allumaient, les charbons pétillaient, et les quartiers de chair embrochés grésillaient en laissant couler leur jus.

Déjà de nombreux pèlerins mangeaient, accroupis par terre, assis sur leurs talons, ou les genoux relevés leur servant de table. D’autres s’étaient livrés aux barbiers, établis aussi dans cette rue, qui leur savonnaient la tête vigoureusement, les délivraient, autant qu’il était possible, de la vermine.

Urbain, péniblement, se traînait derrière son maître, et son appétit matinal était vivement sollicité par ces chaudes odeurs de victuailles. Il ne put résister et, tirant tout à coup un denier de sa ceinture, il accota son paquet de cierges à l’échoppe d’un rôtisseur et acheta une brochette de mouton coupé en petits carrés. Il les dévora, tout en courant, se brûlant les doigts et se graissant la figure, tandis que, par-dessus les têtes, il regardait, loin devant lui, pour ne pas