Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/77

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cou de son rival, en criant, à travers ses pleurs :

— Hugues ! Hugues ! Je vous en conjure, ayez compassion de moi.

Hugues, le cœur tout remué, retint l’adolescent sur sa poitrine, baisant ses boucles brunes, s’efforçant de l’apaiser.

— Écoutez, Homphroy, dit-il. Voir pleurer, un preux tel que vous, cela me cause trop grande peine, et je vais vous dire un secret qui devait n’être qu’entre Dieu et moi. Mais il faut me jurer, très solennellement, que vos lèvres toujours resteront scellées sur lui.

Homphroy se releva vivement, essuya ses longs cils noyés.

— Vous le voyez, messire, pour les larmes je ne suis qu’un enfant ; mais, pour l’honneur, vous l’avez dit, je suis un homme. Je jure, sur mon salut, que jamais je ne révélerai ce que vous voudrez bien me confier.

Hugues le fit se rasseoir auprès de lui.

— Ne craignez rien de moi, dit-il. Depuis trois années déjà, mon cœur est hanté par un rêve coupable dont rien ne peut me délivrer. J’aime avec folie et douleur, sans espoir, sans désir de guérison, une femme aperçue par fraude, une