Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/80

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Dieu serait donc injuste ? Qui peut savoir, d’ailleurs, où est le faux et où est le vrai ?

— C’est offenser le Christ que d’avoir de telles pensées, s’écria Hugues, elles mettent notre salut en danger, et mieux vaut les chasser de notre esprit. Mais nous sommes loin d’être hors de peine, à propos de ce gage, que je ne puis refuser de porter sous peine d’offenser mortellement la princesse. Nos cœurs sont d’accord ; comment accorder nos actes à nos désirs ?

Homphroy attira à lui la manche soyeuse et la caressa du bout des doigts.

— Fiez-vous à moi, Hugues, dit-il, et tout s’arrangera.

— Je le veux, et bien volontiers, mais j’ai de très vives craintes.

— Écoutez. Quand, tout à l’heure, je suivais ce messager, j’étais résolu à lui prendre de force le coffret qu’il vous portait. J’ai redouté, au moment d’agir, un scandale en pleine cité. Mais, ce que je n’ai pas eu par la force, je peux l’obtenir par la séduction. Laissez-moi ce gage, si précieux pour moi : je le porterai ouvertement et je me charge du messager. Il avouera sous le fouet, à sa maîtresse, que je lui ai ravi le message avant