Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/92

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se fit quand des fanfares, déchirant l’air, triplées par les échos, annoncèrent l’arrivée des quatre grands barons du royaume ; il fut même un instant si complet que, les trompettes ayant cessé de vibrer, on entendit distinctement la gerbe d’eau qui jaillissait, d’un élan superbe, au milieu de la nef centrale, s’égrener en pluie dans la vasque de marbre rouge.

On faisait la haie à l’issue des portes pour voir entrer les seigneurs illustres ; mais les plus favorisés, ou plutôt les premiers arrivés, s’étaient rangés autour de l’enceinte royale et formaient, entre les piliers et les colonnettes, une muraille vivante.

Gautier de Tibériade, prince de Galilée, fils aîné de la belle Eschive, remariée au comte de Tripoli, parut le premier et s’avança d’un pas vif dans la nef. C’était un tout jeune homme, vêtu avec une somptuosité rare, car, maître de grands biens, il s’en montrait vain et dissipateur. Sur sa bannière, on voyait des armoiries, d’après une mode prise aux Sarrasins et qui commençait à se répandre parmi les croisés. Le blason, était d’azur à la fasce d’or.

Raymond de Tripoli entra en même temps que son beau-fils ; mais il marchait plus lentement et