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les cruautés de l’amour

— Excusez-moi, ma tête est bouleversée, dit la jeune fille.

— Peut-être ma présence au château vous déplaît-elle, reprit Prascovia ; s’il en était ainsi je partirais à l’instant.

— Non ! non ! reste, je t’en supplie, que veux-tu que je devienne dans l’état où je suis ? je ne puis m’occuper de rien.

— La mort de mon pauvre Samaïlof me laisse presque sans ressources ; il s’était ruiné… Ah ! voici Alexandra qui me fait signe.

Prascovia alla parler à une servante, et revint bientôt.

— Une visite, mon enfant, dit-elle ; on sait déjà que vous êtes arrivée.

— Dites que je suis malade.

— Mais c’est le gouverneur du district avec sa femme, ils viennent nous faire leurs compliments de condoléances.

— Eh ! quand ce serait le grand Turc ! s’écria Clélia, il s’agit bien de recevoir des visites !

Et elle quitta sa chambre pour retourner auprès du blessé.

— Décidément, il y a un roman là-dessous, se dit Prascovia en descendant au salon. Donner la chambre de son père, retenir le médecin, envoyer promener le gouverneur ! Tout cela pour un moujik ?