Page:Gautier - Les Cruautés de l'Amour, E. Dentu, 1879.djvu/117

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
105
les cruautés de l’amour

— Clélia !… dit André lentement, où donc sommes-nous ?

Sa voix avait un timbre étrange, sourd et semblait venir de très-loin.

— Chut ! chut ! dit Ovnikof, taisez-vous, bavard, je vous défends de parler.

André regarda le docteur, puis reporta ses yeux sur Clélia.

— Il faut lui obéir, dit-elle.

— Partons d’ici, dit-il plus bas, l’air manque.

— Comme il souffre ! comme sa respiration est douloureuse ! murmura Clélia.

— J’espère qu’il va s’assoupir, taisons-nous, dit le docteur.

Clélia se rassit au chevet du lit, mais le blessé, avec un regard plein d’inquiétude, essaya de tourner la tête pour la voir encore. Elle se rapprocha et lui prit la main.

— Voyez-vous, il va faire l’enfant gâté, dit Ovnikof, laissez-lui votre main et il dormira.

Le docteur s’assoupit de nouveau et bientôt André ferma les yeux. Clélia seule veilla.

Elle repassa dans son esprit toutes les phases de sa vie, pendant les six mois qu’elle avait habité au village, entourée d’affections sincères et profondes ; elle se demandait comment elle avait pu partir