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les cruautés de l’amour

aimable, de sourire, d’être coquette avec des gens qui vous sont parfaitement indifférents !

— Pourquoi faites-vous cela ? dit Ovnikof. Qui vous y force ?

— Puisque celui que j’aime me dédaigne, dit-elle en jetant à André un regard plein de finesse et de douceur, je suis bien obligée d’essayer de me rattacher à quelque chose dans la vie. Ah ! voici Pénoutchkine, il faut que je vous quitte, ajouta-t-elle.

— C’est un de vos préférés, celui-là ? dit Ovnikof.

— Oui, un de mes préférés, répondit-elle en serrant la main du docteur d’une façon significative.

Et elle s’éloigna.

— Pénoutchkine ! en voilà un seigneur plein d’orgueil et de suffisance, dit le docteur ; il ne se lasse jamais de parler de lui.

— Je le connais, dit André avec une imperceptible expression de colère.

— L’avez-vous entendu raconter ses prouesses de chasseur ? Il y a surtout l’histoire d’une lutte corps à corps avec un loup, sur laquelle il ne peut tarir. Il paraît qu’il a été héroïque (le seigneur, non pas le loup) ; il a brisé son poignard sur le crâne de l’animal ; il peut faire voir la lame et, si l’on y tient, les traces des blessures qu’il a reçues. Le diable