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les cruautés de l’amour

réunie au salon. On lui raconta que Juliette avait été très-malade, puis que le mal avait cessé subitement la veille au soir. Il échangea avec la jeune fille un sourire d’intelligence.

On le retint à dîner. L’après-midi lui avait paru longue, il n’avait pas été un instant seul avec Juliette et avait dû soutenir une conversation banale.

Le dîner fut un supplice. Jules était insupportable, Julie sans esprit, Lili bavardait continuellement, la table était mal servie. Maurice se retira de bonne heure sans remarquer la pâleur et l’abattement de Juliette. Il s’en alla en sifflotant un air, le cœur parfaitement froid.

Au Casino où il entra un instant, il rencontra un médecin avec lequel il avait lié connaissance. Il lui fit part du singulier état dans lequel se trouvait son esprit.

— Vous avez un commencement de névrose, lui dit le docteur, changez d’air, voyagez.

— Si je pouvais voyager seul avec elle ! se disait Maurice.

Quelques jours plus tard, Juliette recevait la lettre suivante :

« Si vous ne m’aimez pas, chère et douce Juliette, ne lisez pas cette lettre, elle n’aurait aucun sens pour vous ; mais si vous éprouvez pour moi