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les cruautés de l’amour

me débarrasser d’eux, je me suis fiancée à André Ivanovitch.

— Un brave et beau fiancé que vous avez là, dit Pavel, où donc est-il ?

— Je ne sais, dit Clélia, je ne l’ai pas vu aujourd’hui.

— Il est allé à la ville je ne sais trop pour quoi faire, dit Ivan, qui jetait d’énormes bûches dans le poêle.

Pavel passa quelques heures encore à la ferme, puis il s’en retourna.

André rentra peu après.

Il trouva Clélia seule dans la salle commune ; elle tenait un ouvrage à la main, mais ne travaillait pas. Assise près de la fenêtre, elle regardait dans la cour à travers les doubles vitres.

— D’où donc viens-tu, André ? dit-elle en se retournant vers le jeune homme ; je m’ennuie quand tu n’es pas là. Le devoir d’un fiancé n’est-il pas de rester auprès de son amie ?

— Je crains de vous obséder, barynia. Je ne suis qu’un fiancé pour rire et je ne dois jouer mon rôle que devant les étrangers, sinon je vous deviendrai aussi insupportable que ceux dont j’ai voulu vous délivrer.

— Ne crois pas cela, tu es le seul avec qui je puis un peu causer ici. En ton absence, je m’en-