Page:Gautier - Les Roues innocents.djvu/112

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gance et d’appropriation. Sans tomber dans ces surcharges et ces empâtements de luxe, qu’il savait déplaire à Florence, il éleva la richesse jusqu’à la poésie.

La chambre à coucher, surtout, était admirable de simplicité chaste et de quiétude rêveuse. Aucun ton dur, aucun or criard, rien qui attirât l’œil. C’était frais et suave comme l’intérieur d’un lys, et Titania n’aurait pas dédaigné d’y dormir.

Tout cela fut payé cinquante mille francs : ce n’était pas cher.

Un jour, Dalberg remit à Florence une petite clef, et lui dit : « Cette petite clef est celle d’une maison qui vous appartient. »

Dans les armoires de l’hôtel devenu le sien, Florence trouva un trousseau digne d’une jeune princesse qu’on va marier.

Sur la cheminée de sa chambre, une délégation de Dalberg sur son banquier pour prendre tout l’argent dont elle aurait besoin.

Lorsque Amine apprit ces magnificences, elle émit cette réflexion profonde : « Décidément il me manque un vice, l’hypocrisie ! » Mais elle n’en fut pas moins navrée au cœur. — Elle crut Dalberg éperdument épris, la somme d’amour se calculant dans un certain monde sur la somme d’argent dépensé. Et sa haine instinctive pour Florence s’accrut d’autant.

Une chose qui aurait beaucoup surpris Amine et lui eût semblé le plus haut raffinement de rouerie possible, c’est que, malgré toutes ces profusions, Dalberg n’en était guère plus avancé avec Florence qu’au premier jour. Un baiser sur la main ou au front était tout ce qu’il avait pu obtenir d’elle, et, cependant, à voir les regards brûlants et profonds que Florence attachait quelquefois sur Henri, on aurait juré qu’elle l’aimait, ou il ne faut plus croire à la lueur