Page:Gautier - Les Roues innocents.djvu/129

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Son sort était enfermé dans ce carré de papier gris.




X


M. Desprez était radieux ; il avait mis dès l’aurore une énorme cravate blanche très-empesée, sur laquelle la chair de sa figure, un peu amollie par l’âge, débordait en plis rougeâtres ; son habit, d’un très-beau drap et d’un noir magnifique, avait une ampleur cossue qui sentait son homme éligible ; une grosse chaîne allait de l’ouverture de son gilet à sa poche, et dans ses doigts badinait une tabatière d’or. — M. Desprez, ainsi fait, était l’idéal du beau-père, et le gendre le plus difficile n’eût pu en rêver un plus convenable.

Il allait et venait, repoussant du pied les fauteuils qui n’étaient pas bien symétriquement à leur place, regardant par la croisée à chaque minute, quoiqu’il ne fût pas encore l’heure marquée pour la signature du contrat, et tambourinant sur les vitres des marches triomphales.

Le contentement lui rayonnait de tous les pores, car il faut bien ici dévoiler cette faiblesse de l’honnête M. Desprez : — il était singulièrement flatté de voir sa fille épouser un baron… L’idée que les panneaux de la voiture de Calixte pourraient désormais porter le cercle entouré de tortil de perles lui causait une satisfaction intime. Cependant M. Desprez faisait profession de sentiments libéraux, et se prétendait libre de préjugés gothiques ; à la Chambre, il eût