Page:Gautier - Les Roues innocents.djvu/128

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être irrévocablement perdue pour lui, et il n’avait plus Florence.

Des deux anges de sa vie, il ne lui en restait pas un. Le démon triomphait.

Il resta ainsi bien longtemps, la tête entre ses deux mains, étourdi par les mille projets extravagants qui bourdonnaient confusément dans son cerveau.

La nuit était venue, et quand on apporta les bougies, il aperçut un paquet assez volumineux déposé sur la table, et que dans sa préoccupation il n’avait pas d’abord remarqué.

Il déchira l’enveloppe et trouva d’abord un billet qu’il reconnut aussitôt pour être de l’écriture de Florence, puis une lettre chargée. Le billet contenait ces lignes :

« Mon cher Henri,

« Vous n’aurez qu’à vous présenter demain chez M. Desprez, à l’heure de la signature du contrat ; — habillé de noir, ganté de blanc, en tenue de marié. Calixte sait que vous devez venir ; elle vous attend ; elle vous aime et vous pardonne… des fautes que vous n’avez pas commises d’ailleurs… Rudolph ne viendra pas… j’en ai la certitude. Vous donnerez à M. Desprez le pli ci joint et vous le verrez immédiatement changer d’avis sur ce précieux baron dont il était tellement engoué. — Faites ce que je dis, vous pouvez vous fier à moi. Dans le cabinet de laque rouge vous trouverez les diamants, les parures et les bijoux dont vous m’avez fait présent. La corbeille de mariage est toute prête. »

Henri croyait rêver, et il regardait d’un air machinal cette enveloppe, au milieu de laquelle s’épatait dans un énorme disque de cire le blason compliqué d’une chancellerie étrangère.