Page:Gautier - Les Roues innocents.djvu/60

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pas dit que vous connaissiez particulièrement M. Desprez et sa fille !

— Je suis allé cinq ou six fois chez M. Desprez pour affaires, mais Dalberg n’en sait rien. M. Desprez, sous des apparences très-modestes, est très-riche. Calixte aura cinq cent mille francs de dot.

— Peste, le chiffre est gracieux ! Je ne m’étonne plus que Dalberg ne vienne pas aux rendez-vous qu’on lui assigne. Son innocence l’emporte sur votre rouerie. Une dot d’un demi-million vous a-t-elle jamais donné son portrait ?

— Hélas non ! je n’ai pas assez de poésie pour les jeunes héritières ; mon pathos est trop limpide, cela me nuit.

— Et vous êtes-vous posé comme prétendant ?

— Non pas, je me serais fait haïr subitement tout vif. J’ai salué froidement Calixte, qui ne me reconnaîtrait pas, j’en suis sûr. — Il fallait d’abord détruire le Dalberg.

— Homme profond, je comprends maintenant pourquoi vous m’engagiez « à l’attacher à mon char. » comme dirait un galant du Directoire, — Vous vouliez le déconsidérer, — c’est flatteur pour moi ; merci de la préférence.

— J’aurais eu soin de préparer quelque rencontre… fortuite. M. Desprez et sa fille se trouvant nez à nez avec M. Henri Dalberg en compagnie de mademoiselle Amine… quel tableau enchanteur !

— Et peu conjugal.

— Le portrait nous évitera tous ces frais de mise en scène.

— Oui… je vous servirai tout en me vengeant, j’ai maintenant un vif intérêt dans l’affaire.

— Et si j’épouse Calixte Desprez, mademoiselle Amine recevra pour son billet de faire part vingt-cinq chiffons de papier signés Garat.