Page:Gautier - Les Roues innocents.djvu/70

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sentez que tous rapports doivent être brisés désormais entre nous, et j’espère qu’à dater de ce soir vous nous épargnerez vos visites.

C’est en vain que Dalberg essaya de balbutier quelques explications. M. Desprez l’arrêta dès les premières paroles et lui dit :

— Ne vous déshonorez pas par des mensonges inutiles. — Ayez au moins le courage de votre conduite. — Ah ! je n’aurais pas cru cela de vous !

Et il laissa Dalberg seul dans le salon.

Le pauvre jeune homme sortit morne et désespéré de cette maison où il était entré plein de projets de bonheur.

Avant de s’éloigner, — comme Calixte était rentrée dans sa chambre, — il se retourna vers la fenêtre éclairée, plus triste qu’Adam chassé du paradis terrestre, et, après quelques minutes de muette contemplation, il se dirigea vers l’autre rive de la Seine, méditant toutes sortes de vengeances contre Amine et celui qui lui avait dévoilé le nom et l’adresse de Calixte, vouant aux dieux infernaux M. Desprez, qui ne voulait pas reconnaître son innocence, et dans un état d’exaspération facile à s’imaginer, car, au fond de l’âme, il adorait sa cousine et avait un cœur d’or, malgré ses rodomontades de lionnerie.

Le grand laquais, dont le cerveau s’obscurcissait de plus en plus sous les fumées du vin, faisait des efforts incroyables pour rejoindre la rue Joubert et aller rendre compte à sa maîtresse du succès de sa mission.

Certes, Georges était prodigieusement ivrogne, il faut l’avouer ; mais il avait une telle habitude de la boisson, qu’il ne s’enivrait pas, visiblement du moins. Mais, ce soir-là, il trébuchait et battait les murs.

En sortant de la maison, chargé de la boîte et de la lettre, il avait rencontré le cocher et le palefrenier de Florence, événement qui parut mériter d’être célé-