Page:Gautier - Les Roues innocents.djvu/83

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Pour Calixte, à dater de la conversation où elle avait nettement signifié à son père qu’elle croyait Henri innocent et n’aurait jamais d’autre époux, elle semblait ne plus se souvenir de ce qui s’était passé. Elle n’avait pas prononcé le nom de Dalberg une seule fois ; bien que M. Desprez, qui aimait assez la controverse, lui en eût donné de nombreuses occasions par des allusions plus ou moins transparentes, elle s’était renfermée obstinément dans une réserve silencieuse.

Une résolution immuable donnait à sa figure une expression de majesté et de tristesse sereine dont l’œil le moins intelligent eût été frappé. De jolie elle était devenue belle ; — la douleur l’avait ennoblie. Une pâleur rosée remplaçait sur ses joues ses vives couleurs de pensionnaire. Ses lèvres, vermeilles autrefois comme la grenade, avaient l’air de deux feuilles de rose tombées sur du marbre : elle avait maigri, et ses mains effilées et veinées d’azur témoignaient d’une souffrance morale contenue par la volonté.

Du reste, elle était d’une douceur résignée, et d’une soumission mélancolique qui remuait plus le cœur de M. Desprez que n’auraient pu le faire des larmes et des plaintes ; il ne pouvait s’empêcher d’en être attendri, bien qu’il appelât entêtement romanesque de petite fille la fidélité de Calixte à un vaurien tel que Dalberg. Elle n’en parlait jamais, parce qu’elle y pensait toujours.

Le soir, surtout à l’heure où Dalberg venait autrefois faire sa visite quotidienne, un abattement profond s’emparait de Calixte ; ces moments, si heureux alors, avaient une amertume double. Elle ne pleurait pas, mais une lueur humidement brillante lustrait le globe d’argent de ses yeux.

Une remarque, peut-être singulière après ce que nous venons de dire, c’est que Calixte ne paraissait