Page:Gautier - Mémoires d'un Éléphant blanc, Armand Colin et Cie, 1894.djvu/24

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me voyant, ses compagnons, comme lui-même, se livrèrent encore à des mouvements singuliers, se jetant la face contre la terre ou pliant leur corps en deux, à plusieurs reprises.

Ma stupéfaction était extrême et ma crainte diminuait. Je trouvais les hommes si jolis, si lestes dans leurs gestes, que je ne me lassai pas de les regarder.

Ils s’en allèrent pourtant et je ne les revis plus.

Un soir que, solitaire, selon ma coutume, je descendais boire au lac, j’aperçus sur l’autre rive un éléphant qui me regarda aussi et bientôt me fit des signes affectueux. Cela me flatta de voir qu’il n’éprouvait pas pour moi, comme les autres, de la répulsion ; qu’au contraire il semblait m’admirer et tout disposé à se lier d’amitié avec moi. Pourtant je ne le connaissais pas ; il n’était certainement pas de notre harde.

Il arracha quelques racines délicates dont nous sommes friands