Page:Gautier - Mémoires d'un Éléphant blanc, Armand Colin et Cie, 1894.djvu/54

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Le voile léger de Saphir-du-Ciel s’accrochait aux ornements de la cuirasse, il s’y déchira, y laissa un lambeau que le prince recueillit et garda comme un talisman.

Maintenant Alemguir était en selle et c’est moi que, d’une voix haletante de sanglots, la princesse suppliait :

— Iravata, toi qui es fort, toi qui aimes ton maître et qui dois m’aimer, puisque tu as l’âme d’un de mes aïeux, protège le prince, défends-le, ramène-le-moi vivant, car s’il ne revient pas, je mourrai…

En disant ces mots, la princesse devint pâle comme de la neige et tomba évanouie dans les bras de ses suivantes. Je fis le serment dans mon cœur, de défendre mon maître de tous mes efforts, et de ne pas ménager ma vie pour sauver la sienne.

Profitant de l’évanouissement de Saphir-du-Ciel qui la rendait insensible, Alemguir avait donné le signal du départ. On quitta le palais, puis on sortit de Golconde pour rejoindre le gros de l’armée qui campait dans la plaine.

L’artillerie et les éléphants furent placés au centre des bataillons ; les cavaliers à droite et à gauche, et les fantassins devant et derrière.

Les trompettes sonnèrent une marche guerrière, les timbales grondèrent sourdement, l’armée tout entière poussa une longue clameur et l’on marcha vers l’ennemi.