Page:Gautier - Mémoires d'un Éléphant blanc, Armand Colin et Cie, 1894.djvu/56

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Chapitre VIII


BATAILLE


Quelle chose terrible qu’une bataille ! terrible et grandiose. Comme cela vous grise et vous étourdit, vous rend féroce, intrépide, indifférent au danger. La musique, le fracas du canon, la fusillade, les cris des combattants. Tout ce tumulte, cette fumée, cette poussière, vous communiquent une fureur particulière, qui fait que vous haïssez des êtres que vous ne voyez même pas, que vous n’avez jamais connu, et qui, sans plus de raison, ont contre vous la même rage mortelle.

Dans les premiers moments, moi qui n’avais jamais tué que des tigres, je frissonnais à l’idée de verser du sang humain ; j’hésitai, j’évitai de porter des coups. Mais soudain, je vis mon maître en danger : un cavalier le visait de tout près. Il n’eut pas le temps de