Page:Gautier - Mémoires d'un Éléphant blanc, Armand Colin et Cie, 1894.djvu/66

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Nous avons l’avantage, malgré notre apparence pesante et notre massive corpulence, de pouvoir marcher sans faire plus de bruit que des panthères ou des chats. Tout un troupeau d’éléphants en voyage, s’il redoute quelque danger, saura ne pas faire craquer une brindille, ne pas froisser une feuille. L’oreille la plus fine ne percevrait pas le bruit de leurs pas, et qui les verrait défiler ainsi par centaines, dans un silence absolu, les prendrait pour des fantômes.

Il serait donc juste de dire : léger comme un éléphant, mais je pense que cette idée ne vient à personne.

Cette particularité explique comment je pus circuler entre ces milliers de tentes, y voyant mal, ayant pour passer, le plus souvent, bien juste la largeur de mon corps, sans rien accrocher, sans rien renverser, sans qu’aucun bruit pût dénoncer notre présence.

Nous étions à la limite du camp, maintenant, et le plus difficile était de la franchir, car elle avait été rapidement fortifiée par des retranchements et des fossés. Mais ce travail hâtif était médiocre et peu solide.

Le prince se pencha tout près de mon oreille et me dit :