Page:Gautier - Théâtre, Charpentier, 1882.djvu/116

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Je voudrais un défaut, comme une ombre aux rayons ;
J’ai peur pour toi. — Crois-moi, n’anime pas ton marbre,
On poursuit une nymphe et l’on attrape un arbre.
Tous ces plans concertés manquent ; mieux vaut, sans art,
Laisser l’arrangement de sa vie au hasard ;
Toute jeune fille est plus ou moins romanesque :
Il faut se présenter, comme Egmont ou Fiesque,
Le pourpoint de satin et la plume au chapeau,
Brandissant une épée, agitant un drapeau…
Mais, ton amour est-il connu de la petite ?


Georges.

Dans un fauteuil, auprès du lit de Marguerite,
Gœthe nous montre Faust rêveur et contemplant
En silence la chambre et le petit lit blanc.
Comme Faust arrêté sur un seuil sans défense,
J’ai dans son pur sommeil su respecter l’enfance.
Attendant le réveil de ce cœur endormi
Pour ôter à l’amour le masque de l’ami.
En moi Lavinia n’a jamais vu qu’un frère.


Paul.

Tant pis ! ce précédent à l’amour est contraire.
Je crains que tu ne sois, pour ta discrétion
Prématurément pris en vénération,
Et que la belle enfant, qui t’eût aimé peut-être,
Dans ton fauteuil de Faust voie un fauteuil d’ancêtre.


Georges.

J’espère bien que non. — Je ne suis pas si vieux
Que déjà l’on m’assoie au fauteuil des aïeux.
Mais peut-être ai-je trop différé. — Son œil brille,
Son front rêve : hier enfant, aujourd’hui jeune fille !
Il faut que l’amitié, chaste sœur de l’amour,
S’éloigne, et que le frère à la fin ait son tour…
Ce lord Durley m’excède et le doute me tue.