Page:Gautier - Théâtre, Charpentier, 1882.djvu/373

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SCÈNE VIII

Pendant la fin de cette scène, le mouni (ermite) Durwasas, personnage très-orgueilleux de sa science, et connu dans les poëmes de l’Inde pour son extrême irascibilité, traverse la forêt sacrée avec un air de fatigue et d’accablement ; il est las, il a faim, il a soif, et demande l’hospitalité. Il s’incline à plusieurs reprises auprès du groupe amoureux, qui ne prend pas garde à lui et reste comme perdu dans son extase. Durwasas, déjà mécontent qu’on ne lui rende pas les hommages voulus, est en outre choqué de voir profaner de la sorte par un amour coupable la retraite des dieux et des sages, et adresse des reproches aux deux amants qui se réveillent comme d’un songe. Sacountalâ se précipite aux pieds de Durwasas et tâche de le fléchir, mais en vain. Le roi joint ses prières a celles de Sacountalâ ; mais le courroux du farouche personnage ne s’apaise pas. Se laissant aller à un mouvement de colère, Douchmanta menace l’ermite, qui se redresse de toute sa hauteur et prononce avec des gestes magiques une terrible formule d’imprécation.

Sous le coup de cette malédiction, la tête du roi paraît se troubler, ses yeux deviennent hagards ; il repousse Sacouutalâ. La puissance de Durwasas bouleverse la nature : le ciel se couvre, des lueurs rouges brillent, les feuillages de la forêt sacrée s’agitent, et, à travers les branches, on voit se dessiner les formes monstrueuses de rakkasâs (mauvais génies) qui grimacent, ricanent et désignent du doigt comme maudits le roi et Sacountalâ.