Page:Gautier - Voyage en Espagne.djvu/106

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


La Puerta del Sol n’est pas une porte, comme on pourrait se l’imaginer, mais bien une façade d’église peinte en rose et enjolivée d’un cadran éclairé la nuit, et d’un grand soleil à rayons d’or, d’où lui vient le nom de Puerta del Sol. Devant cette église, il y a une espèce de place ou carrefour traversé par la rue d’Alcala dans sa longueur, et croisé par les rues de Carretas et de la Montera. La poste, grand bâtiment régulier, occupe l’angle de la rue de Carretas et a sa façade sur la place. La Puerta del Sol est le rendez-vous des oisifs de la ville, et il paraît qu’il y en a beaucoup, car dès huit heures du matin la foule est compacte. Tous ces graves personnages sont là, debout, enveloppés dans leurs manteaux, bien qu’ils fasse une chaleur atroce, sous le prétexte frivole que ce qui défend du froid défend aussi du chaud. De temps en temps, on voit sortir des plis droits, immobiles de la cape un pouce et un index, jaunes comme de l’or, qui roulent un papelito et quelques pincées de cigare haché, et bientôt de la bouche du grave personnage s’élève un nuage de fumée qui prouve qu’il est doué de respiration, ce dont on aurait pu douter à voir sa parfaite immobilité. À propos de papel espanhol para cigaritas, notons en passant que je n’en ai pas encore vu un seul cahier ; les naturels du pays se servent de papier à lettre ordinaire coupé en petits morceaux ; ces cahiers teintés de réglisse, bariolés de dessins grotesques et historiés de letrillas ou de romances bouffonnes, sont expédiés en France aux amateurs de couleur locale. La politique est le sujet général de la conversation ; le théâtre de la guerre occupe beaucoup les imaginations, et il se fait à la Puerta del Sol plus de stratégie que sur tous les champs de bataille et dans toutes les campagnes du monde. Baimaseda, Cabrera, Palillos et autres chefs de bande plus ou moins importants reviennent à toute minute sur le tapis ; on en conte des choses à faire frémit, des cruautés passées de mode et regardées depuis longtemps comme de mauvais goût par les Caraïbes et les Cherokees. Balmaseda, dans sa