Page:Gautier - Voyage en Espagne.djvu/111

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


est une chose inconnue en Espagne, ou du moins je n’y en ai jamais vu. Toutes les chambres sont carrelées en briques ; mais, comme ces briques sont recouvertes de nattes de roseau en hiver et de jonc en été, l’inconvénient est beaucoup moindre ; ces nattes de roseau et de jonc sont tressées avec beaucoup de goût ; des sauvages des Philippines ou des îles Sandwich ne feraient pas mieux. Il y a trois choses qui sont pour moi des thermomètres précis de l’état de civilisation d’un peuple : la poterie, l’art de tresser soit l’osier soit la paille, et la manière de harnacher les bêtes de somme. Si la poterie est belle, pure de formes, correcte comme l’antique, avec le ton naturel de l’argile blonde ou rouge ; si les corbeilles et les nattes sont fines, merveilleusement enlacées, relevées d’arabesques de couleurs admirablement choisies ; si les harnais sont brodés, piqués, ornés de grelots, de houppes de laine, de dessins du plus beau choix, vous pouvez être sûrs que le peuple est primitif et très voisin encore de l’état de nature : des civilisés ne savent faire ni un pot, ni une natte, ni un harnais. Au moment où j’écris, j’ai devant moi, pendue à une colonne par une ficelle la jarra où rafraîchit l’eau que je dois boire : c’est un pot de terre qui vaut douze cuartos, c’est-à-dire de six à sept sous de France environ ; la coupe en est charmante, et je ne connais rien de plus pur après l’étrusque. Le haut, évasé, forme un trèfle à quatre feuilles légèrement creusées en gouttière, de sorte qu’on peut se verser de l’eau de quelque côté qu’on prenne le vase ; les anses, cannelées d’une petite moulure, s’agrafent avec une élégance parfaite au col et aux flancs, d’un galbe délicieux ; les gens comme il faut préfèrent à ces vases charmants d’abominables pots anglais, ventrus, pansus, bossus et enduits d’une épaisse couche de vernis, qu’on prendrait pour des bottes à l’écuyère cirées en blanc. Mais, à propos de bottes et de poteries, nous voici assez loin de notre description domiciliaire ; revenons-y sans plus tarder.

Le peu de meubles qui se trouvent dans les habitations espagnoles sont d’un goût