Page:Gautier - Voyage en Espagne.djvu/117

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est exécuté avec une précision et une netteté rares : quant au baile nacional, il n’existe pas. On nous avait dit à Vittoria, à Burgos et à Valladolid, que les bonnes danseuses étaient à Madrid ; à Madrid, l’on nous a dit que les véritables danseuses de cachucha n’existaient qu’en Andalousie, à Séville. Nous verrons bien ; mais nous avons peur qu’en fait de danses espagnoles, il ne nous faille en revenir à Fanny Elssler et aux deux sœurs Noblet. Dolores Serral, qui a fait une si vive sensation à Paris, où nous avons été un des premiers à signaler l’audace passionnée, la souplesse voluptueuse et la grâce pétulante qui caractérisaient sa danse, a paru plusieurs fois sur le théâtre de Madrid sans produire le moindre effet, tellement le sens et l’intelligence des anciens pas nationaux sont perdus en Espagne. Quand on exécute la jota aragonesa, ou le bolero, tout le beau monde se lève et s’en va ; il ne reste que les étrangers et la canaille, en qui l’instinct poétique est toujours plus difficile à éteindre. L’auteur français le plus en réputation à Madrid est Frédéric Soulié ; presque tous les drames traduits du français lui sont attribués. il paraît avoir succédé à la vogue de M. Scribe (2O).

Nous voilà au courant de ce côté ; il s’agit d’en finir avec les monuments publics : ce sera bientôt fait. Le palais de la reine est un grand bâtiment très carré, très solide, en belles pierres bien liées, avec beaucoup de fenêtres, un nombre équivalent de portes, des colonnes ioniques, des pilastres doriques, tout ce qui constitue un monument de bon goût. Les immenses terrasses qui le soutiennent et les montagnes chargées de neige de la Guadarrama sur lesquelles il se découpe, rehaussent ce que sa silhouette pourrait avoir d’ennuyeux et de vulgaire. Vélasquez, Maella, Bayeu, Tiepolo y ont peint de beaux plafonds plus ou moins allégoriques ; le grand escalier est très beau, et Napoléon le trouva préférable à celui des Tuileries.

Le bâtiment où se tiennent les Cortès est entremêlé de colonnes poestumniennes