Page:Gautier - Voyage en Espagne.djvu/169

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par Caïphe, envoya consulter les tribus pour savoir s’il devait être relâché ou mis à mort : l’on posa la question aux Juifs d’Espagne, et la synagogue de Tolède se prononça pour l’acquittement. Cette tribu n’est donc pas couverte du sang du Juste, et ne mérite pas l’exécration soulevée par les Juifs qui ont voté contre le Fils de Dieu. L’original de la réponse des Juifs de Tolède, avec une traduction latine du texte hébreu, est conservé, dit-on, dans les archives du Vatican. En récompense, on leur permit de bâtir cette synagogue, qui est, je crois, la seule que l’on ait jamais tolérée en Espagne.

L’on nous avait parlé des ruines d’une ancienne maison de plaisance moresque, le palais de la Galiana ; nous nous y fîmes conduire en sortant de la synagogue, malgré notre fatigue, car le temps nous pressait, et nous devions repartir le lendemain pour Madrid.

Le palais de la Galiana est situé hors de ville, dans la Vega, et l’on passe pour y aller par le pont d’Alcantara. Au bout d’un quart d’heure de marche à travers des champs et des cultures où couraient mille petits canaux d’irrigation, nous arrivâmes à un bouquet d’arbres d’une grande fraîcheur, au pied desquels fonctionnait une roue d’arrosement de la simplicité la plus antique et la plus égyptienne. Des jarres de terre, attachées aux rayons de la roue par des cordelettes de roseau, puisaient l’eau et la reversaient dans un canal de tuiles creuses, aboutissant à un réservoir, d’où on la dirigeait sans peine par des rigoles sur les points que l’on voulait désaltérer.

Un énorme tas de briques rougeâtres ébauchait sa silhouette ébréchée derrière le feuillage des arbres : c’était le palais de la Galiana.

Nous pénétrâmes par une porte basse dans ce monceau de décombres habités par une famille de paysans ; il est impossible d’imaginer quelque chose de plus noir, de plus enfumé, de plus caverneux et de plus sale. Les Troglodytes étaient logés comme des princes en comparaison