Page:Gautier - Voyage en Espagne.djvu/201

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marché de la place de Taureaux, voilà l’église et la maison de l’alcade. Certainement, cela est bien entendu, mais j’aime mieux le plus misérable village poussé à l’aventure. Du reste, cette colonie ne réussit pas : les Suisses prirent le mal du pays et mouraient comme des mouches, rien qu’en entendant tinter les cloches ; on fut obligé de suspendre les sonneries. Cependant, ils ne moururent pas tous, et la population de la Carolina conserve encore des traces de son origine germanique. Nous fîmes à la Carolina un dîner sérieux, arrosé d’excellent vin, sans être obligés de mettre les morceaux doubles ; nous n’allions plus de conserve avec le courrier, les chemins étant parfaitement sûrs de ce côté-là.

Des aloès d’une taille de plus en plus africaine continuaient à se montrer sur les bords de la route, et vers la gauche, une longue guirlande de fleurs du rose le plus vif, étincelant dans un feuillage d’émeraude, marquait toutes les sinuosités du lit d’un ruisseau desséché. Profitant d’une halte de relais, mon camarade courut du côté des fleurs et en rapporta un énorme bouquet ; c’étaient des lauriers-roses d’une fraîcheur et d’un éclat incomparables. On pourrait adresser à ce ruisseau, dont j’ignore le nom et qui n’en a peut-être pas, la question de M. Casimir Delavigne au fleuve grec :


Eurotas, Eurotas, que font tes lauriers-roses ?


Aux lauriers-roses succédèrent, comme une réflexion mélancolique à un vermeil éclat de rire, de grands bois d’oliviers dont le pâle feuillage rappelle la chevelure enfarinée des saules du Nord et s’harmonise admirablement avec la teinte cendrée des terrains. Ce feuillage, d’un ton sombre, austère et doux, a été très judicieusement choisi par les anciens, si habiles appréciateurs des rapports naturels, comme symbole de la paix et de la sagesse.

Il était environ quatre heures, lorsque nous arrivâmes à Baylen,