Page:Gautier - Voyage en Espagne.djvu/222

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ces choses vraiment nationales et si caractéristiques. Ils vous demandent d’un air visiblement contrarié si vous pensez qu’ils ne sont pas aussi avancés que vous en civilisation, tant cette déplorable manie d’imitation anglaise ou française a pénétré partout. L’Espagne en est aujourd’hui au Voltaire Touquet et au Constitutionnel de 1825, c’est-à-dire hostile à toute couleur et à toute poésie. Il est toujours bien entendu que nous parlons de la classe prétendue éclairée qui habite les villes.

Les contredanses terminées, l’on prend congés des maîtres de la maison en disant à la femme : À los pies de Ud. ; au mari : Beso à Ud. la mano, à quoi l’on vous répond : Buenas noches et beso a Ud. la suya, et sur le pas de la porte, pour dernier adieu, un : Hasta manhana (jusqu’à demain) qui vous engage à revenir. Tout en étant familiers, les gens du peuple eux-mêmes, les paysans et les gredins sans aveu sont entre eux d’une urbanité exquise bien différente de la grossièreté de notre canaille ; il est vrai qu’un coup de couteau pourrait suivre un mot blessant, ce qui donne beaucoup de circonspection aux interlocuteurs. Il est à remarquer que la politesse française, autrefois proverbiale, a disparu depuis que l’on a cessé de porter l’épée. Les lois contre le duel achèveront de nous rendre le peuple le plus grossier de l’univers.

En rentrant chez soi, l’on rencontre sous les fenêtres et les balcons les jeunes galants embossés dans leur cape et occupés à pelar la paba (plumer la dinde), c’est-à-dire faire la conversation avec leurs novias à travers les grilles. Ces entretiens nocturnes durent souvent jusqu’à deux ou trois heures du matin, ce qui n’a rien d’étonnant, puisque les Espagnols passent une partie de la journée à dormir. Il arrive aussi de tomber dans une sérénade composée de trois ou quatre musiciens, mais le plus ordinairement de l’amoureux tout seul, qui chante des couplets en s’accompagnant de la guitare, le sombrero enfoncé sur les yeux et le pied posé sur une pierre ou sur une borne. Autrefois,