Page:Gautier - Voyage en Espagne.djvu/275

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Malaga sec que nous vidâmes consciencieusement jusqu’à la dernière perle, et qui répara nos forces qu’avait épuisées une traite de neuf heures dans des chemins invraisemblables et par une température de four à plâtre.

À trois heures, le convoi se remit en marche ; le temps était couvert ; une brume chaude ouatait l’horizon, un air humide faisait pressentir le voisinage de la mer, qui ne tarda pas à dessiner sur le bord du ciel sa barre d’un bleu dur. Quelques flocons d’écume moutonnaient çà et là, et les vagues venaient mourir par grandes volutes régulières sur un sable fin comme la sciure de buis. De hautes falaises se dressaient à notre droite. Tantôt les rochers nous laissaient le passage libre, tantôt ils nous barraient le chemin, et nous les gravissions en les contournant. Le tracé direct n’est pas employé souvent dans les routes espagnoles ; les obstacles seraient si difficiles à faire disparaître, qu’il vaut mieux les tourner que les surmonter. La fameuse devise : Linea recta brevissima, serait ici de toute fausseté.

Le soleil en se levant dissipa les vapeurs comme une vaine fumée ; le ciel et la mer recommencèrent cette lutte d’azur où l’on ne peut dire lequel emporte l’avantage ; les falaises reprirent leurs teintes mordorées, gorge-de-pigeon, améthyste et topaze brûlée ; le sable se remit à poudroyer, et l’eau à papilloter sous l’intensité de la lumière. Bien loin, bien loin, presque à la ligne de l’horizon, cinq voiles de bateaux pêcheurs palpitaient au vent comme des ailes de colombe.

De distance en distance apparaissaient sur les pentes moins rapides de petites maisons blanches comme du sucre, avec des toits plats et une espèce de péristyle formé d’une treille soutenue à chaque extrémité par un pilier carré et au milieu par un pylône massif de tournure assez égyptienne. Les boutiques d’aguardiente se multipliaient, toujours en roseau, mais déjà plus coquettes, avec des comptoirs blanchis à la chaux et barbouillés de quelques