Page:Gautier - Voyage en Espagne.djvu/282

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encore cuits tout à fait, ni frappés d’apoplexie, lorsque les musiciens vinrent s’asseoir dans leur tribune, et que le piquet de cavalerie se mit en devoir de faire évacuer l’arène fourmillant de muchachos et de mozos, qui se fondirent je ne sais comment dans la masse générale, quoiqu’il n’y eût pas mathématiquement de quoi placer une personne de plus ; mais la foule en certaines circonstances est d’une élasticité merveilleuse.

Un immense soupir de satisfaction s’exhala de ces quinze mille poitrines soulagées du poids de l’attente. Les membres de l’ayuntamiento furent salués d’applaudissements frénétiques, et, lorsqu’ils entrèrent dans leur loge, l’orchestre se mit à jouer les airs nationaux : Yo que soy contrabandista, la marche de Riego, que toute l’assemblée chantait simultanément, en battant des mains et en frappant des pieds.

Nous n’avons point la prétention de raconter ici les détails d’une course de taureaux. Nous avons eu l’occasion d’en faire une relation consciencieuse pendant notre séjour à Madrid ; nous ne voulons rapporter que les faits principaux, les coups remarquables de cette course, où les mêmes combattants tinrent la place trois jours sans se reposer, où vingt-quatre taureaux furent tués, où quatre-vingt-seize chevaux restèrent sur l’arène, sans autre accident pour les combattants qu’un coup de corne qui effleura le bras d’un capeador, blessure qui n’avait rien de dangereux, et ne l’empêcha pas de reparaître le lendemain dans le cirque.

À cinq heures précises, les portes de l’arène s’ouvrirent, et la troupe qui devait opérer fit processionnellement le tour du cirque. En tête marchaient les trois picadores. Antonio Sanchez, José Trigo, tous deux de Séville, Francisco Briones, de Puerto-Réal, le poing sur la hanche, la lance sur le pied, avec une gravité de triomphateurs romains montant au Capitole. La selle de leurs chevaux portait écrit en clous dorés le nom du propriétaire du cirque : Antonio-Maria Alvarez.