Page:Gautier - Voyage en Espagne.djvu/291

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jeunes poètes d’au-delà des monts entrassent dans cette voie plutôt que de perdre leur temps à mettre d’affreux mélodrames en castillan plus ou moins légitime.

Un saynète assez comique suivait la pièce sérieuse. Il s’agissait d’un vieux garçon qui prenait une jolie servante, pour tout faire, comme diraient Les Petites Affiches parisiennes. La drôlesse amenait d’abord, à titre de frère, un grand diable de Valencien haut de six pieds, avec des favoris énormes, une navaja démesurée, et pourvu d’une faim insatiable et d’une soif inextinguible ; puis un cousin non moins farouche, extrêmement hérissé de tromblons, de pistolets et autres armes destructives, lequel cousin était suivi d’un oncle contrebandier porteur d’un arsenal complet et d’une mine équivalente, le tout à la grande terreur du pauvre vieux, déjà repentant de ses velléités égrillardes. Ces variétés de sacripants étaient rendues par les acteurs avec une vérité et une verve admirables. À la fin survenait un neveu militaire et sage qui délivrait son coquin d’oncle de cette bande de brigands installés chez lui, qui caressaient sa servante tout en buvant son vin, fumaient ses cigares, et mettaient sa maison au pillage. L’oncle promettait de ne se faire servir dorénavant que par de vieux domestiques mâles. Les saynètes ressemblent à nos vaudevilles ; mais l’intrigue en est moins compliquée, et souvent ils consistent en quelques scènes détachées, comme les intermèdes des comédies italiennes.

Le spectacle se termina par un baile nacional exécuté par deux couples de danseurs et de danseuses d’une manière assez satisfaisante. Les danseuses espagnoles, bien qu’elles n’aient pas le fini, la correction précise, l’élévation des danseuses françaises, leur sont, à mon avis, bien supérieures par la grâce et le charme ; comme elles travaillent peu et ne s’assujettissent pas à ces terribles exercices d’assouplissement qui font ressembler une classe de danse à une salle de torture, elles évitent cette maigreur de cheval entraîné qui donne à nos ballets quelque chose de trop