Page:Gautier - Voyage en Espagne.djvu/298

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Castro y Orozco, à qui l’on doit Fray Luis de Léon ou le Siècle et le Monde, Zorilla qui a fait représenter avec succès le drame El Rey y el Zapatero ; Breton de los Herreros, le duc de Rivas, Larra qui s’est tué par amour ; Espronceda, dont les journaux viennent d’annoncer la mort, et qui portait dans ses compositions une énergie passionnée et farouche, quelquefois digne de Byron, son modèle, sont, ― hélas ! pour les deux derniers, il faut dire étaient, ― des littérateurs pleins de mérite, des poètes ingénieux, élégants et faciles, qui pourraient prendre place à côté des anciens maîtres, s’il ne leur manquait ce qui nous manque à tous, la certitude, un point de départ assuré, un fonds d’idées communes avec le public. Le point d’honneur et l’héroïsme des vieilles pièces n’est plus compris ou semble ridicule, et la croyance moderne n’est pas assez formulée pour que les poètes puissent la traduire.

Il ne faut donc pas trop blâmer la foule qui, en attendant, envahit le cirque et va chercher les émotions où elles se trouvent ; après tout, ce n’est pas la faute du peuple, si les théâtres ne sont pas plus attrayants ; tant pis pour nous, poètes, si nous nous laissons vaincre par les gladiateurs. En somme, il est plus sain pour l’esprit et le cœur de voir un homme de courage tuer une bête féroce en face du ciel, que d’entendre un histrion sans talent chanter un vaudeville obscène, ou débiter de la littérature frelatée devant une rampe fumeuse.